Au fil des saisons et des besognes ordinaires de la survie, le livre calcule le coût d'une maison jusqu'au demi-centime, sarcle deux acres et demi de haricots et sonde la profondeur même de l'étang. À côté de cette comptabilité pratique se déroule une longue et patiente méditation sur la solitude, sur la lecture, sur ce désespoir tranquille
que Thoreau perçoit dans les existences qui l'entourent. Il sait être ironique — l'achat d'une masure délabrée devient une petite comédie de la pauvreté et de la propriété — puis, une page plus loin, tendre, lorsqu'une douce pluie dissout sa solitude et que la moindre aiguille de pin se fait compagne.
Il y a des êtres humains ici, entrevus et gardés en mémoire. Un bûcheron joyeux et sans instruction, dont le contentement vaut à ses yeux plus que celui de n'importe quel visiteur érudit. John Field, un ouvrier irlandais prisonnier de son propre labeur, qui ne peut que contempler, à travers une cabane où l'eau s'infiltre, l'arithmétique de la liberté qu'on lui offre. Et puis le plongeon sur l'étang, riant, disparaissant et resurgissant tour à tour, entraînant un homme à sa poursuite dans sa barque.
La prose est lyrique et sans hâte, passant sans effort de l'observation attentive du sable qui dégèle le long d'un talus de chemin de fer à une affirmation sur le dessein du monde vivant tout entier. Certaines de ses phrases ont depuis longtemps survécu à leur étang : le tambour différent, l'œil de la terre. Ce qui tient tout cela ensemble, c'est une conviction simple, confirmée saison après saison : qu'une vérité solide existe, et qu'elle récompense quiconque est prêt à descendre jusqu'au bout pour la trouver.